Thème 8
« Ça clignote! »
- Nathalie, Gatineau, 26 février 2009
Ça clignote. Ça rythme. Ça sécurise. Le petit bonhomme blanc des feux de circulation m’a dit bonjour, ce matin, alors que ses congénères boudaient de ne pas ralentir ma cadence.
Ça clignote. Ça me fait rire. Ça me fait sourire. Quand j’ouvre la porte de ton auto, celle de mon côté, la lumière du plafond clignote, mais pas quand c’est la tienne qu’on ouvre. Étrange. Qu’est-ce que ça veut dire?

Ça clignote. Ça m’aveugle. Ça me distrait. Un gros spot de lampadaire qui filtre à travers mon store en bambou, à travers mon rideau en tissu, et qui vient m’illuminer la face, ou la tienne, pendant que je te mords le bras et que tu me lèches le mamelon droit. Euh non, le gauche. Enfin, ça dépend du point de vue. Entécas.
Ça clignote. Ça m’embête. Ça me dérange. Deux deux-points en caractères gras qui frétillent sur les deux cadrans de ma chambre pendant qu’on est emmêlés sous les draps et que les heures clignotent plus vite que leur ombre, toujours plus vite, parce que notre temps est toujours compté. Toujours.

Ça clignote. Ça fait mal. Ça coupe le souffle. Et on retombe comme deux pierres sur le matelas, nos deux cœurs prêts à exploser, nos deux corps prêts à s’envoler.
Ça clignote. Ça fait mal, encore. Mes paupières s’entrouvrent pendant que tu m’embrasses. Et j’ai même pas le temps de m’en rendre compte que t’es déjà parti.

Ça clignote. Est-ce qu’on peut dire « je cligne »? Ça fait schkling! aussi. Comme de la monnaie dans le fond des poches, comme des breloques de vieille dame, comme ma tête qui suffoque quand tu me bécotes sans équivoque et que j’ai tout le corps qui picote.
Texte: Magalie Morin / Photos: Sébastien Lavallée
