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Thème 7

« Bah... J'écoutais de la musique. »

- Sophie, Montréal, 11 février 2009

Bah… J’écoutais de la musique.

Quand je m’emmerde, quand je sais pas quoi faire, quand je sais plus qui je suis, quand je veux meubler le trop lourd silence, quand je veux cacher des bruits… Toutes les raisons sont bonnes pour que je mette de la musique. Et la meilleure, c’est encore celle qu’on n’a pas.

Faque ce matin-là, ou plutôt, cet après-midi-là — étant donné l’heure à laquelle je me lève —, j’avais mis de la musique parce que le silence me tapait sur les nerfs. Et comme je préfère parfois noyer mes pensées dans un flot sonore pour ne plus les entendre me crier aux oreilles, eh bien j’écoutais, ou plutôt, j’entendais une émission poche de CISM. Si si, j’ai découvert qu’il y en a des moins bonnes. Je me suis étendue sur mon lit, avec ma douce doudoune couleur de soleil pour compenser celui qui est resté couché ce matin, pour compenser la chaleur qui me fait vilainement défaut aujourd’hui. Évidemment, minou est venu s’y coucher en boule, en cuiller, pour qu’on partage le peu de chaleur de nos deux corps.

L’idée était de faire une sieste avant d’aller au boulot. Je n’avais pas l’impression que j’allais m’endormir, mais le simple fait d’être étendue dans un peu de chaleur me faisait du bien. Une powernap sans sommeil. Un morceau de tranquillité, une tentative de moment de détente avec mon chat et mes idées.

Malgré la musique et le blabla de CISM, je pensais à mille choses, mille fragments d’images, de paroles, de rêves tournaient devant mes yeux fermés, incapable que j’étais de me fixer sur quoi que ce soit. J’ai entrevu son visage derrière mes paupières tendues comme les rideaux, et je souriais.

Évidemment, le téléphone a sonné. Mais ça ne me dérangeait pas, je ne dormais pas, j’étais de bonne humeur, j’étais sereine. Et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me suis retrouvée à être deux dans ma sieste, ou plutôt deux et demi, avec minou. J’étais heureuse. J’étais bien. Je me sentais autre. Non. Je me sentais moi, juste moi, enfin moi, une nouvelle moi.

Tu étais presque nu. Tu m’observais avec des yeux taquins, des yeux de quelqu’un qui n’est pas venu faire une sieste. Des yeux qui me laisseraient pas dormir. Qui riaient de me voir me débattre avec mon désir de sommeil. Et les miens riaient de te voir te débattre avec ton désir tout court.

 

Texte: Magalie Morin / Photo: Sébastien Lavallée

© Sébastien Lavallée - Magalie Morin, 2009