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Thème 5

« C'est juste de la tristesse, mais je ne sais pas d'où elle vient. »

- Jasmin, Montréal, quelque part près du métro Papineau (15 janvier 2009)

Ça vous arrive, vous, de feeler tout croche, sans raison? De vous sentir comme une merde, de tourner en rond chez vous, de tourner en rond dans votre tête et de ne pas trop savoir quoi faire de votre corps? Moi, ça m’arrive souvent. Vous, savez-vous pourquoi? Parce que j’aurais besoin qu’on m’éclaire là-dessus s’il vous plait. Je sais tellement pas comment ça se fait que je me sens de même, quand c’est le cas. Et dans ces moments merdiques là, je ne suis même pas capable de réfléchir au pourquoi du comment. Je suis pas capable de réfléchir à rien pantoute. Alors je pense au fait que je ne suis pas capable de penser. Belle occupation. C’est ça que je veux dire, par tourner en rond. On se sent triste, on se sent fatigué, il n’y a rien qu’on ait envie de faire. Et en même temps on n’a pas envie de rester à rien faire. On finit par s’écraser quelque part et par faire des plaies de divan. C’est ridicule, n'est-ce pas ? Je suis sûre que ça vous est déjà arrivé. Oui oui. Cherchez bien dans votre mémoire.

On pourrait se partir un club des loques humaines temporaires, dans lequel on se retrouve en gang pour tourner en rond. Je suis sûre que c’est déjà plus le fun de faire ça en groupe. Je crois qu’on pourrait se sentir moins seuls, moins épais dans notre insatisfaction momentanée de la vie. Imaginez le portrait : une demi-douzaine (ou plus, c’est selon) de désaxés-d’une-journée, marchant l’un derrière l’autre en tournant en rond autour de je-sais-pas-quoi-encore, avec un nametag sur le chest, les yeux hagards, les bras ballants, le sourire tiré par en bas…
Juste de penser à ça, on dirait que ça me remet de bonne humeur. Pas trop. Mais un peu quand même.

Avis à tous : les inscriptions pour le club des désaxés-d’une-journée se tiendront la semaine prochaine, en l’église Sainte-Marie-de-patante-chose. Venez en grand nombre. On vous y attend.

 

Texte: Magalie Morin / Photo: Sébastien Lavallée

© Sébastien Lavallée - Magalie Morin, 2009