Thème 3
« C'est en Italie que ça se passe. »
- Ginette Gagnon, Montréal

C’est en Italie que ça se passe.
Il fait beau. Il fait chaud. La côte amalfitaine resplendit.
Ça, Martine ne le sait pas. Elle n’est jamais allée en Italie. À peu près tout ce qu’elle en sait, c’est qu’on y trouve quelques belles villes. Venise, Pise, Rome, etc. Que Venise est réputée pour ses canaux, Pise, sa tour et Rome son Colisée. Et qu’est-ce qu’elle s’en fout. Les deux pieds dans la neige, elle ne pense qu’à une chose : il lui manque une raquette. Depuis une heure qu’elle parcourt le mont Royal, absolument désert en ce matin de Noël, soufflée par l’énergie de son joint matinal, et elle ignore où et quand elle a bien pu perdre sa raquette gauche. Et comme ce n’est pas la neige qui manque, sur le Mont-Royal, à cette époque de l’année, bonjour les recherches. Elle s’assoit sur une petite dune à la blancheur immaculée et réfléchit. Ou plutôt, elle s’affale et se questionne. À quoi bon? Au fond, elle s’en balance. Elle décide de descendre la montagne sur le derrière, celui-ci préalablement calé sur la raquette restante. Martine est heureuse aujourd’hui. Elle est bien. Elle se laisse glisser doucement, tentant d’éviter les arbres décharnés jusqu’au bas de la pente. Elle sourit. Elle rit. Tout à coup, sa course s’arrête. Elle et sa raquette se sont enfoncées. Pas grave. Ça fait une belle pause pour admirer la ville, toute seule, au beau milieu d’un désert blanc, une cigarette au bec. Quoi que la côte amalfitaine ait l’air, c’est probablement plus beau que ce qu’elle a sous les yeux : verglas, neige sale, trottoirs encombrés, glace noire, rues surchargées, voitures stationnées en tous sens… En Italie, c’est sûr qu’il fait moins frette en tout cas, qu’elle se dit avant de reprendre sa descente.
Texte: Magalie Morin / Photo: Sébastien Lavallée
