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Thème 2

« Boucle cadeau »

-Julie Boisvert, Hull (ou Gatineau, c'est selon...), 4 décembre 2008

8 décembre

« En temps et lieu, j’aurai une surprise pour toi. »

Ça, c’est le dernier courriel qu’il m’a envoyé.

Ça fait cinq jours. Pis il est à l’autre bout du monde.

C’est illégal de mettre une fille archi impatiente de nature dans l’attente comme ça. Surtout SPM.

 

10 décembre

Est-ce qu’il est écrit dans ma face : « Parlez-moi; je meurs d’envie de faire votre connaissance »?
Il devrait exister une loi contre les gens qui s’incrustent dans la bulle des autres à l’arrêt d’autobus. Pourquoi est-ce que les vieux dégueu et les petites madames se prennent tout le temps d’amitié pour moi au coin de la rue? Ai-je l’air si gentille? Qu’est-ce qui les attire tous comme des mouches au-dessus de la litière de mon chat à 40 °C full humidex en plein été? J’ai un air bonace? Naïf? J’ai l’air de m’emmerder? De manquer d’amis?

Non mais.

On peut tu avoir la paix quand on attend l’autobus pis qu’on est en beau joual vert de tourner en rond pis en triangle pis en carré devant le poteau de la STM (les autobus montréalais ne sont JAMAIS à l’heure, surtout l’hiver, quand il te passe trois « Désolé – Hors service » dans la face alors qu’au moins deux mastodontes sur roues auraient déjà dû passer dans les quarante dernières minutes de frette québécois)? Le pire, c’est qu’ils sont ravis, ces vieux dégueu pis ces petites madames de te faire la conversation. Pis qu’ils soulignent derechef le fait que l’attente de l’autobus permet aux gens de discutailler de tout et de rien (surtout de la neige, en ce moment). Si je ne vous fais pas un sourire engageant dès le départ, vous signifiant par le fait même que oui, je m’emmerde et je trouve ça long moi aussi et j’ai donc envie de jaser avec des inconnus (chose étonnante, ça peut arriver de temps à autre), merde, retenez-vous de me conter votre vie pis vos bobos pis votre belle-sœur qui est sur son lit d’hôpital pis l’autobus qui a été encore plus long hier à arriver pour cause de tempête (Ô surprise!).

De grâce. La paix.

J’te leur filerais tous des tickets, moi. Pour entrave à la paix publique.

OUF! Vivement que le SPM me quitte.

 

11 décembre

Toujours rien. Pas de surprise. Pis toujours pas de nouvelles. Pffft. J’vais t’en faire, moi, de me laisser poireauter de même.

 

15 décembre

Toujours autant de neige. Faudrait que je commence à penser à planifier de peut-être aller faire un peu de shopping. C’est Noël, après tout.

 

17 décembre

Mon chat a failli mourir écrasé sous le sapin. Et ç’aurait bien été tout ce qu’il y aura sous le sapin cette année. J’ai même pas assez de sous pour m’offrir du papier d’emballage. Comme quand j’étais petite, je fais du bricolage. Pis de la popote. Des biscuits. Des muffins. Des chandelles. Du Mod Podge. Des belles cartes à la main. Sauf que je n’ai aucun talent artistique. Bah, on dit que c’est l’intention qui compte.

 

20 décembre

Mais qu’est-ce qu’il fout?

 

21 décembre

Voir 20 décembre.

 

22 décembre

Nooooooooooooooooon! Pas le début des partys de Noël! Ça finit jamais c’t’histoire-là! Chaque année, je voudrais disparaître six pieds sous terre (ou mieux : quelque part loin loin où personne que je connais pourra m’ordonner d’assister à un party de Noël) pour fuir toutes ces fausses réjouissances et réunions bidons. Chaque année, je me dis (et je clame haut et fort!) que je finirai par m’enfermer toute seule chez nous avec mon chat, mon sapin dégarni et une caisse de bouteilles de vin pour passer le temps des Fêtes comme ça me chante. Sans aucune musique de Noël plate. Sans conversation à la va-comme-je-te-pousse entre deux chaises avec tous les membres de toutes mes familles dans tous mes partys de Noël. Sauf que. Je ne mets jamais cette menace à exécution.

 

23 décembre

Où donc ai-je mis mon esprit de Noël? Il doit être rangé bien loin. Tellement loin que je ne me rappelle plus dans quel appart je l’ai laissé.

By the way, toujours rien. Je le dis et le répète : les hommes, c’est des enfoirés.

 

24 décembre, 14 h 21

« Oui maman, j’ai un cadeau pour mamie, t’inquiète. » « Non maman, je ne viens pas ce soir. Je te l’ai dit. » Enfin, cette année, j’ai décidé de m’écouter. Noël, c’est la fête de l’amour, non? Me semble que tu m’as toujours dit ça… Alors aime-moi en respectant ma décision de ne pas fêter Noël cette année.

…

Y sont bons mes biscuits.

…

 

24 décembre, 16 h 38

Où est-ce qu’il est? Qu’est-ce qu’il fait? C’est quoi son problème de ne pas me donner de nouvelles?

 

24 décembre, 18 h 59

C’est plate.

 

24 décembre, 19 h 35

C’est long.

 

24 décembre, 20 h 03

C’est Noël, ostie, pis j’suis toute seule. Maudite épaisse.

…

Ne pas appeler ma mère.

…

Mes chandelles brûlent trop vite.

 

24 décembre, 21 h 17

Résiste, résiste! Tant que tu passes le cap de minuit, t’es correcte! Pis tu seras fière en titi après ça.

 

24 décembre, 22 h 50

Orgueil, saloperie d’orgueil.

 

24 décembre, 23 h 48

OK. C’est Noël. T’as décidé d’être toute seule. Assume. Il y a de la cire dans toutes les pièces de ton grand cinq et demi vide. T’as mangé une quantité industrielle de biscuits (les muffins, tu les as fait cramer dans le four). Tu t’étais loué plein de films. T’as mangé tout ce que ton corps pouvait contenir de popcorn. T’as bu deux bouteilles de vin. Tu t’es extasiée de longues minutes devant ton sapin, seul vestige de la magie de Noël. On va finir ça en beauté. Il reste quelques minutes avant la fin. Il tombe une belle neige dehors. Va donc te rouler dedans! Célébrons Noël en solo!

 

25 décembre, 00 h 24

Wow! Quelle bonne idée! Astheure que t’es tout trempe, rentre chez vous pour un bon chocolat chaud, et hop! au dodo!

 

25 décembre, 00 h 29

Il y a des traces de bottes FRAÎCHES dans mon escalier.

…

Merde. Un petit voyou d’Hochelag qui se paie une invasion de domicile le soir de Noël. Quelle chance! C’est chez nous qu’il a décidé de passer!

…

Euh… Ma porte d’entrée est entrouverte. Pour vrai. J’ai la chienne. Je vais pisser dans mes culottes. Pis j’ai bu deux bouteilles de vin.

 

25 décembre, 00 h 31

Au moins, il a enlevé ses bottes avant d’entrer.

…

Pis son manteau?

…

Pis son chandail.

…

Pis sa chemise…

…

Pis SES jeans!

…

Sur la poignée de la porte de ma chambre, il y a SA ceinture. Les lumières de mon sapin décrépi en font drôlement briller la boucle.

Wow! Un cadeau de Noël dans mon lit!

 

25 décembre, 02 h 06

J’y pense, peut-être que le Père Noël existe, finalement.

 

Texte: Magalie Morin / Photo: Sébastien Lavallée

© Sébastien Lavallée - Magalie Morin, 2009