expositionlogo

 

Thème 11

« C'est du beau poil, ça!»

Je suis dans le jus. Je suis fatiguée, épuisée. C’est pas drôle au boulot. Le soir, je torche — je ne trouve pas de mot assez fort pour décrire ce que je veux exprimer — littéralement mon futur appart. Dans l’ensemble, au premier coup d’œil, c’est pas si pire. C’est même plutôt bien. Mais quand tu te colles la face sur le top des armoires de la cuisine, tu constates la crasse, épaisse de plusieurs millimètres, poussière archi grasse, qui a élu domicile là depuis on ne sait trop combien de dizaines d’années. C’est dégueulasse. Non. Dégueulasse n’est pas le mot. Un mot pour décrire ça n’existe pas. Même avec un produit super-puissant-toxique-machin et une TRUELLE (!), c’est l’enfer. Ça colle, ça a l’air de la bouette, ça veut pas partir de sur mes gants, de sur le plastique de la truelle, j’en ai plein mon chandail, ça me revole dans les cheveux, les lunettes… Au secours, maman !

Je suis en train de me dire, du haut de mon escabeau, que je vais probablement opter pour la dissimulation de toute cette crasse sous un beau plastique autocollant qui la recouvrira. De toute façon, veux-tu ben me dire qui c’est qui va aller zieuter le top de mes armoires? C’est dans ce moment de sérieuse et profonde réflexion, alors que je commençais à voir poindre la lumière au bout du tunnel, que mon coloc se pointe dans la cuisine le visage défiguré par une horrible grimace. Il me tend, à bout de bras, avec l’air de quelqu’un qui va vomir toutes ses tripes, un ramassis informe — de couleur douteuse — et fibreux. Ça, c’est ce qu’il a trouvé dans le trou du bain en torchant de son bord. Je vous laisse le soin d’imaginer toutes les sortes de poils qui pointaient en tous sens hors de ce trésor inoui.

En tout cas, on n’est pas sortis du bois.

 

Texte: Magalie Morin / Photos: Sébastien Lavallée

© Sébastien Lavallée - Magalie Morin, 2009